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07/08/2005

Pell emañ ar Manitoba

Ar Manitoba zo ul lodenn ag ar C’Hanada, e kornog Bro Gebek. Degouezhet oa Jacques Cartier er C’Hanada e penn kentan an XVIe kantved, mare ar roue Fanch Ie. Labourizion douar, jibouesourion, kenverzourion a Vro Frans oa daet ha savet oa bet ar ger vras Kebek. Tamm ha tamm ul lodenn ag ar re se oa aet pelloc’h, betek plaenenn ar Manitoba. Hag ar re se, jibouesourion kentoc’h, d’en em zimezhiñ get indianezed. Mod se oa bet ganet metissed ha parlantou nevez etre ar galleg ha yezhoù indian evel ar “Cree”, da skouer...

Ar Manitoba zo bet poblet evel-se betek ar dro 1860, mare aloubigigezh ar Manitaba get arme Bro Saoz. Ne oa ket bet goulennet an aotre get an Indianed, pe ar Vetissed pe ar gallegerien... Ur brezel oa bet met aet oa an trec’h get an Inglezed. Gouarnamant gentañ ar Manitoba oa bet savet, get Louis Riel e penn, ur metis, bet krouget ar lerc’h get an arme a Vro Saoz .

Ar galleg, yezh ar blouked
E pad pell amzer a c’houde, e veze fallwellet ar Vetissed hag ar re a gomze galleg er Manitoba, daoust ma oa anezhe al lodenn vrasan ag an dud er c’herioù bras betek fin an XIXe kantved. Ar saozneg oa deuet da vout ar yezh ofisiel hag ar galleg e veze gwellet evel ur yezh komzet ged sauvajed, Indianed, da lavaret plouked, tud gouez.
Barzh ur film m’eus gwellet war ar chadenn 5, un den kozh, galleger a vihan, a lâre an istor se : “Ur wezh e oan o gomz galleg er maez hag un den all, n’anaouen ket anezhan, ur saozneger, n’oa lavaret din : “Speak white””... “Speak white””. ne blije ket dezhan klevout galleg ha “speak white” a dalve : speak gwenn, komz saozneg...

Hiriv an deiz, miliadoù a gallegerien hag a vetissed a zo c’hoazh er Manitoba, met nebeutoc’h nebeut a gomz galleg pe ar yezhoù ganet ag ar galleg hag ar yezhoù indian. Dilezet a zo bet ar galleg get ur bern tud... Met, abaoe ugent vloaz, ar vonreizh, ar “gonstitution” ag ar C’hanada zo bet chanchet evit lakaat ur plas d’ar galleg deuet da vout yezh ofisiel ar C’hanada a bezh get ar saozneg. Skolioù divyezheg a zo bet krouet e lec’h ma vez kelennet ar galleg d’an doare “soubidigezh”, evel Diwan e Breizh. Muioc’h mui a familhoù a gas o bugale d’ar skolioù se peogwir e vez gwellet mat komz div yezh ! Un dazont zo bremañ evit ar galleg e Manotiba, war e seblant...

Un dazont memestra ?
Desket m’eus an traoù-se a gres d’un abadenn m’eus gwellet war ar skinwell hag, ivez, a gres d’un abadenn hir, un euriad, m’eus klewet war France Inter... Interesus tre oa ar pezh m’eus desket mod-se met biskoazh m’eus klewet pe gwellet un abadenn evel se a ziout ar yezhoù rannvroel evel an euskareg, an alzasianeg pe ar brezhoneg, war an tele pe ar radio e Frans. Nemet war Frans 3 Breizh ! Ar mediaou a Baris a ya pell, betek ar Manitoba, da welled tud a stourm evit o yezhoù. Bez eus tud a stourm aman evit o yezhoù ivez, e Frans. Met ne vezont ket gwellet war an skinwelloù, ha klewet war ar skingomzoù e Bro C’hall. Met n’int ket bet anavezet ar yezhoù-se evel yezhoù ofisiel.Ya, sur awalc’h, pell emañ ar Manitoba.

Christian Le Meut

04/08/2005

Claude Hagège : 25 langues meurent par an !

medium_Hagsouffle193.jpgJe suis allé écouter Claude Hagège, le célèbre linguiste à Mellac, dans le Finistère. 700 personnes étaient venues entendre ce professeur au Collège de France. Passionné depuis l’enfance par les langues, Claude Hagège en parle avec ferveur. 5.000 langues sont encore parlées de par le monde, mais 25 disparaissent chaque année, selon Hagège. Les langues parlées par les Indiens d’Amérique du nord, par exemple, sont en grand danger. Claude Hagège travaille avec eux, notamment avec les Sioux. Ces peuples sont, encore aujourd’hui, confinés dans des réserves, sans perspectives d’avenir, et beaucoup d’Indiens, chômeurs, sombrent dans l’alcoolisme...


L'allemand de Goethe et l'italien de Dante
Les explications de Claude Hagège sur les langues dans quelques pays d’Europe proches ont été très intéressantes. En France, la langue parlée à Paris et autour de Paris est devenue langue officielle du royaume suite à la décision de France Ier. Rien de commun en Allemagne, par exemple, où l’allemand littéraire, l’allemand écrit, s’est formé sur la base de la traduction de la bible par Martin Luther. Celui-ci a traduit les évangiles dans le dialecte allemand parlé dans sa région, qui est devenu la base écrite. Une forme d’unité linguistique s’est formée avant l’unité politique, alors qu’en France, la langue a été un outil du pouvoir en place pour imposer l’unité politique. En Italie, c’est le dialecte italien écrit par Dante, et sa Divine comédie, qui a servi de base à l’écriture et à l’italien contemporain. Mais beaucoup de dialectes sont encore parlés et écrits, comme dans le Piémont, par exemple.
Le cas de l’Inde est également intéressant. Ce pays compte plusieurs langues officielles mais, surtout, des millions de personnes polyglottes, parlent plusieurs langues. Certains pays d’Europe, comme la Belgique et la Suisse, comptent également plusieurs langues officielles, pas moins de huit pour la Suisse. Mais Hagège regrette de constater que peu de Belges et peu de Suisses maîtrisent une autre langue parlée dans leur pays. Les francophones ne sont que francophones et peu pratiquent le flamand en Belgique, l’allemand ou l’italien en Suisse. Il regrette également que si peu de Bretons parlent la langue bretonne... Il n'est pas le seul !

Une sorte de show... à l'américaine ?
il nous a d’ailleurs parlé un peu breton et soutenu qu’il aurait ét é capable de faire sa conférence en breton s’il avait été sûr de pouvoir être compris... Vrai ou faux ? Le monsieur est un peu cabot et nous a fait un show, tel un acteur, multipliant les pics à l’égard des Etats-Unis. Mais, revenons à la Bretagne. Hagège estime que le breton sera sauvé si les familles envoient massivement leurs enfants apprendre la langue bretonne à l’école... L’Etat français devra fournir les professeurs en nombre suffisant pour la demande. Il estime, par contre, qu’il ne faut pas rendre obligatoire le breton à l’école. Point sur lequel je me permettrai d’êtr en désaccord avec cet éminent linguiste. Enfant, j’ai dû faire une “initiation au latin” au collège, sans que l’on me demande mon avis. selon les professeurs, cette initiation me servait car je pouvais, ainsi, mieux comprendre l’origine des mots français... Mais, en Basse bretagne, la très grande majorité des noms de lieux et de familles viennent du breton ! Pourquoi ne pas instaurer une initiation au breton en cinquième, par exemple, afin de donner une connaissance minimale de la langue et de l’histoire de la Bretagne aux enfants qui, comme bien souvent leurs parents, en ignorent tout ou quasiment ?

Claude Hagège est partisan de l’apprentissage précoce des langues vivantes : avant dix ans, il préconise d’apprendre trois langues vivantes à l’école primaire et affirme que les enfants en sont capables. Mais il est inquiet devant la place prédominante de l’anglo-étasunien, et préconise l’introduction d’autres langues comme l’espagnol, l’allemand, voire les langues dites régionales... Cela contribuerait à élargir l’esprit des enfants et leurs capacités d’apprentissage d’autres langues.

Charlemagne, un germanophone !
Pour finir, voici une information que j’ai apprise ce soir là : certains rois de France ne parlaient pas le français ! Ainsi, les Mérovingiens et les Carolingiens ne parlaient pas le vieux français parlé à l’époque, mais une langue germanique, puisqu’il s’agissait de Francs, un peuple d’origine germanique. Clovis parlait une langue germanique dont serait proche le francisque mosellan, une langue encore parlée dans le département de la Moselle, mais par de moins en moins de gens... La même chose pour Charlemagne ! Ce que l’histoire officielle française se garde bien d’apprendre aux enfants.

Christian Le Meut (2003)



03/08/2005

L’arabe, une langue ?...

Il y a quelques années, en 2003, j’étais allé rendre visite à mon ami Ahmed à Montargis, dans le Loiret. Ahmed, décédé depuis, y habitait avec son épouse Zakia et sa fille Chaïma. Ce jour-là, Zakia était toute contente car le couple venait d’investir dans une antenne parabolique qui allait lui permettre de regarder plus de chaînes des pays arabes, Algérie, Maroc, Égypte. Ahmed n’avait pas l’air plus enthousiaste que cela : “Tu vas pouvoir regarder plus d’émissions en arabe”, lui dis-je. Et là, il me regarda, désolé : ”Je ne comprends pas l’arabe de la télé”. Sa femme, oui.
Ahmed, né en France, d’origine algérienne, était pourtant parfaitement bilingue, ayant appris l’arabe avec ses parents. C’était sa langue maternelle. Ses parents, arrivés il y a une quarantaine d’années, parlent le français, mais avec difficulté. Ahmed n’apprit ni à lire ni à écrire l’arabe, il parlait le dialecte arabe de Msila, sa ville d’origine, mais avait du mal à comprendre l’arabe “de la télé”, l’arabe standardisé alors que son épouse Zakia, née en Algérie et scolarisée en arabe, le comprend...

“Pas le même breton”
Je me serai cru en Bretagne. Combien de fois ai-je entendu des Bretons dire qu’ils ne comprennent pas le breton de la télé, que ce n’est pas “le même breton”... C’est vrai, pour tous ces bretonnants qui n’ont pas appris le breton à l’école (et c’est la majorité pour les anciens car le breton était interdit à l’école), qui n’ont pas appris à comprendre les différents accents, il y a des difficultés d’intercompréhension. Les Bretons du pays de Vannes pouvaient avoir du mal à comprendre ceux de Quimper, c’est vrai. Quoiqu’en faisant un effort...
Le fait qu’une langue se divise en dialectes est un processus courant, classique. Le français de France, lui, est une langue standardisée, uniformisée dont l'évolution est contrôlée depuis des siècles, du fait de son statut officiel, de l’Académie française qui veille au grain, de l’école qui enseigne depuis un siècle une langue unifiée sans tenir compte des différences locales ou régionales... Mais hors des frontières, le français se dialectise (Wallonie, Québec, Suisse Romande, Acadie, Afrique...).

Un regard néo-colonial
L’arabe est une langue à part entière, comme le breton ou le français. On parle bien de “langue arabe”, c’est normal et contester cela pourrait être perçu comme du racisme... Mais il est encore des gens, et des bretonnants parmi eux, pour désigner le breton comme un “dialecte”, voire un ou “plusieurs patois” (Le Monde diplomatique, mai 2003). Là, ce n’est pas du racisme... Un regard néo-colonial, je ne dis pas.
Oui, l’arabe est une langue (même si les colonisateurs de jadis l’ont également qualifiée de dialecte ou de parler). Oui, le breton est une langue. L’une comme l’autre font partie de la communauté mondiales des langues parlées depuis des siècles, porteuses de cultures et d’humanité. Mais l’une prospère, tandis que l’autre s’accroche comme une bernique à son rocher.

Christian Le Meut

18/07/2005

Pipriac, "Piperia" ou Presperieg ?

Quand j’étais enfant, j’ai habité à Pipriac, en Ille-et-Vilaine, près de Redon. Je suis arrivé là-bas vers l’âge de trois ans mais mes frères, un peu plus âgés, eurent quelque mal au début à comprendre leurs petits camarades de l’école publique. Ils parlaient avec un fort accent et des mots différents, du français mélangé de gallo probablement. Moi, je ne me souviens pas avoir eu de difficulté à comprendre les enfants du coin, mais j’ai probablement été mis dans le bain, en immersion, dès que j’ai commencé l’école... Je me souviens cependant de quelques mots en gallo et notamment du nom gallo de Pipriac, "Piperia", disaient mes copains d'école. Aussi, j’avais été un peu surpris, l’année dernière, en voyant la carte éditée par l’Office de la langue bretonne*, tout en breton. Pipriac y figurait sous un nom breton, Presperieg (ci-dessus), mais pas la forme gallèse, pourtant encore employée... D’où vient ce Presperieg ? Pourquoi ressortir ce nom des vieux grimoires où il dormait probablement depuis des siècles ?...

Cousine du français
Le Pays gallo est donc la partie Est de la Bretagne où l’on parle le gallo, cette langue descendante du latin, comme le français, alors que le breton est une langue d’origine celte. Le gallo et le breton ont ceci de commun qu’elles n’ont pas de statut officiels, qu’elles ne sont pas uniformisées, standardisées comme l’est le français. Pourtant, elles sont parlées depuis des siècles par des populations importantes. Le gallo demeure peut enseigné, alors que le breton l’est et que des écoles bilingues breton-français ont même été créées en pays gallo : à Nantes, Rennes, Questembert, Ploermel...
Le département du Morbihan a voté à l’unanimité, l’année dernière, la pose de panneaux bilingues dans toutes les communes du Morbihan. Un ancien maire de Monténeuf, Joseph Orhan, s’est élevé contre cette mesure affirmant au journal Ouest-France, que “depuis huit siècles on ne parle plus breton dans cette région, mais français”... Sauf que, français ou gallo, ce n’est pas pareil. M. Orhan ne semble pas faire beaucoup de différences entre les deux. Pourtant il y en a, et il m’étonnerait que la majorité des gens du peuple parlaient français à Monténeuf il y a encore un siècle. Gallo, je ne dis pas. Mais si des communes du pays gallo refusent les panneaux en breton, comme c’est le cas de Réminiac, pourquoi pas ? Et pourquoi ne pas avoir pensé à des panneaux français-gallo comme à Loudéac ou le nom gallo, Loudia, est affiché ?
En ce qui me concerne, je trouve important de voir des panneaux bilingues (breton-français ou gallo-français) en Bretagne, pas forcément partout, mais au moins suffisamment pour rappeler à la population vivant dans la région, que nôtre région est multilingue et pluriculturelle depuis longtemps. Bien des habitants de la Bretagne, baignés dans l’école républicaine ou privée, gavés de médias quasi exclusivement francophones ou anglophones, oublient cette réalité que les panneaux viennent leur rappeler. Les panneaux bilingues donnent une visibilité et une sorte de statut non officiel au breton. Ils peuvent faire de même pour le gallo.

Lorient : panneaux bilingues mais ville unilingue ?
Ainsi Lorient est une ville bilingue du point de vue de la signalisation. Sauf, paradoxalement, pendant le festival interceltique où des panneaux uniquement en français viennent couvrir certains panneaux en breton. Les responsables du festival interceltique soutiennent-ils la langue bretonne ? La question reste posée...
Lorient donc, a beaucoup de panneaux bilingues, jusque dans les couloirs de sa mairie. Mais on n’y parle pas plus breton pour autant. Les panneaux ont une fonction symbolique importante mais ils ne font pas tout. Ils ne remplacent pas une vraie politique linguistique de réhabilitation du breton et du gallo comme langues de la vie quotidienne. Et il y a sûrement mieux à faire que d’imposer des panneaux en breton dans tous les communes du pays gallo.
Les animateurs de l’émission en gallo réalisée par Plum FM et diffusée le mercredi sur Radio Bro Gwened ont dit, eux aussi, leur désaccord avec cette mesure dans une émission diffusée début juillet. Pour moi, je ne suis pas choqué de voir des panneaux en breton dans les grandes villes du pays Gallo (Rennes, Nantes...), et dans les communes où il y a des écoles bilingues, voire de temps en temps le long des axes routiers importants. Mais pourquoi vouloir imposer; et pourquoi partout ?

Et derrière les panneaux ?
J’entendais récemment le président du conseil général, Joseph Kerguéris, expliquer, également sur Radio Bro Gwened que le but des panneaux bilingues étaient d’abord de montrer que nous avons, dans le Morbihan, deux langues, deux cultures, aux gens qui viennent de l’extérieur (deux seulement ? Et le gallo alors ?).
Il s’agit donc de montrer aux touristes, donc, combien notre pays est exotique... Mais qu’y-a-t-il derrière les panneaux bilingues, derrière le décorum ? Il reste actuellement autour de 50.000-60.000 personnes capables de parler breton dans notre département. 50.000. Il y a donc urgence à encourager les écoles bilingues, les médias en breton, la transmission entre générations, toutes sortes d’activités culturelles et quotidiennes en langues bretonne et gallèse. Faute de quoi, un jour, peut-être pas si lointain, le Morbihan risque de compter plus de panneaux bilingues que d’habitants bilingues, bretonnants et gallèsants compris. Le but sera-t-il atteint, ce jour-là ?
Christian Le Meut

*La carte de Bretagne en langue bretonne est disponible à l'Ofis ar brezhoneg, 8 bis straed Félix Faure, 29270 Karaez-Plougêr. 10 euros.

06/07/2005

La lune est-elle carrée ?

La lune est-elle carrée ? La question vous paraîtra insolite, voire stupide, tant il est évident que la lune est ronde (ou à peu près), il suffit de la regarder pour le constater.
La Loire Atlantique est-elle en Bretagne ? La question peut paraître insolite, voire stupide, tant il est vrai qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour constater que la Loire-Atlantique est en Bretagne.
A Nantes chacun peut aller visiter le château... des ducs de Bretagne, et la superbe cathédrale de Nantes donc un duc... de Bretagne décida, au quinzième siècle, de la construction... Et puis, hors de Nantes, dans les marais de Brière par exemple, près de Guérande, les noms de nombreux villages commencent par “ker”, preuve parmi d’autres que l’on parlait breton dans cette région il n’y a pas encore très longtemps, un siècle, grosso modo.
Et si la Loire Atlantique et Nantes ne sont pas en Bretagne, où sont-ils ? En Lorraine, en Alsace, en Corse, en Picardie, en Anjou, en Vendée, dans le Maine, ou dans le triangle des Bermudes ? Dans les “Pays de Loire” ?
Si une loi française décrétait que la lune est carrée, il y aurait des gens pour soutenir que c’est vrai, que la lune est bien carrée, et que ceux qui diraient le contraire seraient des sots. Et, selon la loi française, Nantes n’est pas en Bretagne. Nous en avons encore eu l’illustration en 2003 avec l’arrêt de la diffusion par France 3 en Loire Atlantique des émissions en breton le dimanche matin. Pourquoi cette décision ? Ces émissions étaient-elles trop peu regardées ? Ce n’est pas l’argument avancé par les “pennoù bras” (les chefs) de France 3 Pays de Loire, mais il paraît que “tout le monde ne comprend pas le breton”... Par contre, beaucoup de gens savent lire le français et, justement, ces émissions sont sous-titrées en français ! Mais c’est ainsi que l’on tue les langues, en en limitant progressivement la diffusion sous des prétextes divers et obscurs.
Heureusement l’histoire est tenace. Car si l’on peut changer les frontières administratives, créer des régions artificielles comme les Pays de Loire (rappel : la Loire n'y passe que dans deux départements sur cinq) on ne peut si facilement effacer les traces. Le Château des ducs de Bretagne et la cathédrale de Nantes sont là pour rappeler l’identité historique bretonne de Nantes et de la Loire-Atlantique .
Christian Le Meut

05/07/2005

Hag emañ karre al louar ?

Ha karre emañ al louar ? Setu ur goulenn iskiz awalc’h. Ront eo a louar : tout an dud a ouia an dra se... N’eus nemet da sellet doc’h an oabl, da nozh, evit goueit an dra se. Setu, ur goulenn all : ha Liger Atlantel ha Naoned n'emaint ket e Breizh ?
Petra kaver e Naoned ? Kastel an duked a Vreizh, hag an iliz braz, an iliz-vamm savet er XVe kantved get an duk a Vreizh... Koste Gwerrann ur bern a anvioù a grog get “Ker”...
Ma n’emañ ket Liger Atlantel e Breizh, emen emañ hi ? E Lorraine, en Alzas, e Korsika, en Anjou ?... E rannvro “Pays de la Loire” : met petra eo ar rannvro se, ur rannvro nevez savet get ar melestradurezh, pas get an istoer, pas get ar pobl...
Ma vehe e Frans ul lezenn evit lâret emañ kare al louar, tud zo a wellehe kare al louar.
Met gwir eo, hervez al lezenn n’emañ ket Liger Atlantel e Breizh.
Ha Frans 3 n’eus paouezet skignan abadennoù e brezhoneg bep sul mintiñ e Liger Atlantel, abaoe 2003. Perak ta ? Gwellet veze an abadennoù se get re nebeut a dud ? N’eo ket ar pezh a oa bet displeget get pennoù bras Frans 3. Hervez ar re se, diaesamentoù oa kar razh an dud ne gompren ket brezhoneg. Evel reson, met kazimant tout an tud a ouia lenn galleg, hag abadennoù brezhoneg Frans 3 'vez istitlet e galleg d’ar sul mitiñ ! Difenet e breman sellet doc'h abadennoù e brezhoneg e Liger Atlantel ! Mod se e vez lazhet ar yezhoù...
Met ne vez ket chanchet an istor. Kastel an duked a Vreizh a chom e kreisker Naoned, ar pezh n’hella ket bout chanchet get pennoù bras Frans 3.
Christian Le Meut

21/06/2005

France Troisième dimension

Il y a peu une équipe de France 3 est venue filmer la troupe de théâtre dont je fais partie. Nous avons monté un western en breton. Le but du reportage était de dresser l’état du breton vannetais (le dialecte breton parlé dans l’ouest du Morbihan) et donc de filmer une activité dans cette langue. Six personnes ont investi notre salle de répétition vite transformée en studio. Nous n’avons joué que le tout début de la pièce, filmé sous toutes les coutures. N’étant pas dans cette scène, j’ai pu observer le travail minutieux du réalisateur et de son équipe pour assurer la meilleure image et le meilleur son possibles.
Mais c’est ensuite que les choses se sont un peu gâtées. Le réalisateur voulait interviewer deux acteurs, ce qui fut fait. Mais lui ne parlait pas le breton, ni ne le comprenait. Et voici mes deux collègues obligés de répondre en breton à des questions posées en français, tout en n’étant pas compris de leur intervieweur car les réponses n’étaient pas traduites en français. Une personne parlant breton faisait partie de l’équipe de France 3, une sur six, mais pas pour traduire ni interviewer. Juste pour contrôler que le contenu des réponses correspondait à celui des questions... Voici donc un nouveau métier pour les brittophones : contrôleur de réponses en breton !

Interviewer quelqu'un sans comprendre ses réponses...
Mais comment interviewer quelqu’un sans comprendre ses réponses ? On ne peut pas aller bien loin dans le sujet abordé, on ne peut pas approfondir les choses. Par contre on peut poser des questions auxquelles il a déjà été répondu, ce qui a été le cas. On peut mal se comprendre entre interviewer et interviewés, ce qui fut le cas...
Et moi, dans mon coin, sous mon chapeau de cow-boy, j’étais un peu navré et révolté de la scène à laquelle j’assistais. Comment peut-on interviewer des gens sans comprendre les réponses ni les faire traduire ? Une personne de France 3 aurait pu mener l’interview puisqu’elle parlait breton, mais non, elle était là uniquement pour contrôler les réponses... Je me suis demandé si je ne rêvais pas, mais un mauvais rêve. Non, j’étais bien dans la réalité, mais dans une troisième dimension. Une France troisième dimension. Le contenu des réponses ? On se le fera traduire plus tard... Apprendre le breton ? On verra plus tard... La plupart des journalistes de France 3 qui travaillent pour les émissions en langue bretonne, parlent breton, c’est quand même plus pratique pour interviewer des bretonnants ! Mais pas tous...

J’ai eu cette impression bizarre d’être comme dans un zoo où l’on vient filmer des bretonnants sans se donner les moyens de les comprendre...


Qu’un réalisateur viennent faire un reportage sur la langue bretonne sans la parler, cela arrive... Il peut venir de Rennes, Paris, Londres, Pékin ou Montréal, ne pas parler breton et travailler avec des bretonnants. Mais ne pas comprendre les réponses et ne pas se les faire traduire... C’est possible ça ? C’est respectueux des personnes que l’on interviewe ? C’est se donner les moyens d’aller au fond des choses ? Ce soir-là, l’intervieweur avait devant lui deux instituteurs bilingues et qui ont transmis, ou transmettent, le breton à leurs propres enfants. Des parents qui parlent donc breton à la maison. Il y avait matière à discussion pour un reportage sur l’état et l’avenir du breton vannetais, mais cette matière là a échappé à l’intervieweur...
“France 3 Bretagne travaille souvent comme cela” m’a-t-on dit.
Pas trop souvent, j’espère...


Des formations à la langue bretonne, mais pour quel débouché ?
Depuis 35 ans Diwan et les écoles bilingues ont enseigné le breton à des milliers d’enfants. Certains sont désormais sur le marché du travail. Trouvent-ils du travail en breton ? Du côté de l’enseignement, certes, mais en dehors, il n’y a pas grand chose... Des filières se développent également pour former des adultes à la langue bretonne, langue présentée comme un atout pour trouver du travail. Ces filières sont financées par le Conseil régional, par exemple, et par l’Assedic en ce qui concerne les chômeurs... Personnellement j’ai passé six mois de ma vie à apprendre le breton avec l’organisme Stumdi, à Ploemeur, en 2001-2002. Ce fut un bon moment, studieux mais surtout enrichissant et très plaisant. J’ai appris le breton par motivation personnelle, pas forcément pour trouver du travail mais, au sortir de la formation, j’ai quand même cherché du travail en breton. Je n’en ai pas trouvé. J’en ai trouvé en français, et je constate tous les jours que c’est un atout de parler et d’écrire le breton quand on est journaliste en Basse-Bretagne...

Mais quand je vois que certains des reportages en breton produits par France 3, consacrés à l’état et à l’avenir de la langue bretonne, sont réalisés par des gens qui ne parlent quasiment pas un mot de breton, je comprends mieux pourquoi je n’ai pas trouvé de travail dans cette langue au sortir de ma formation.
Et je me demande si l’on ne se moquerait pas un peu des bretonnants.
Christian Le Meut

Une partie de ce texte a été reprise en courrier des lecteurs dans Le peuple breton de septembre 2005. 

Frans 3 : ur bed all ?

C’hoari a ran barzh ur strollad c’hoariva ha, n’eus ket pell-zo, omp bet filmet get ur skipailh skinwell Frans 3 deuet da sevel ur reportaj. Ne oa ket ur reportaj berr, ur vunutenn pe div, el ma vez skignet bemdez war Frans 3 “Iroise” (skignet nemet e Breizh Isel). Nann, ur reportaj bras a ziout stad ha dazont ar brezhoneg gwenedeg. Hag ar re se a faote dezhe filmañ tud eldomp-ni, gwenedourion, ec’h ober traoù e gwenedeg. C’hwec’h den a Frans 3 oa deuet d’hor filmañ. C’hoariet oa al leurenn gentañ, filmet a beb tu. Ne c’hoarian ket-me ‘barzh al leurenn-se ha paseet m’boa ma amzer e sellet doc’h tud ar skinwell e labourat. Hag ur sapre labour eo, ober war dro kalite ar son, ar gouloù, ar skeudennoù, me lâr deoc’h.

Met goude-se, aet oa ar soubenn da drenkiñ. Daou aktour oa bet aterset get ar savour film... Ya, met ar paotr-se ne gomz ket brezhoneg anezhan... Goulennet oa an traoù e galleg, ha d’an aktourion da reskond e brezhoneg. Ar pezh ne oa ket aes dija... Met ar savour film ne gomprene ket ar reskontoù ! Ur brezhonegour oa getan, met just evit selaoù ar reskontoù, da ouiet ma glote ar goulennoù get ar reskontoù, met hep treiñ e galleg... Souezhus oa. Penaos atersiñ an den hep kompren e reskontoù ? Hag hep bout troet ar reskontoù e galleg ? Ur c’hazetenner n’hella ket monet pell ma ne gomprena ket ar pezh ‘vez reskontet dezhan. Neuze, traoù zo, zo bet goulennet div wezh, traoù all n’int ket bet komprenet, pe a dreuz, ha n’eo ket aet pell an traoù... An daou aktour zo ivez tud a labour e brezhoneg (mistri-skol) hag unan a zesav he bugale e gwenedeg. Interesus oa evit ur reportaj war stad ha dazont ar gwenedeg met n’eo ket aet ken pell an traoù...


Reskont hep bout komprenet
“Mod-se ‘vez labouret alies get Frans 3”, deus displeget din tud-zo, a-c’houde... Bizkoazh kement all ! Kazetennerion F3 a labour evit an abadennoù brezhoneg a gomz brezhoneg evit al lodenn vrasan anezhe... Eurusamant, ha penaos labourat, mod all ? Met pas razh ! Souezhus eo. Evel kazetenner, n’hellan ket kompren an doare-se da labourat : abadennoù brezhoneg hir savet get tud ne gomzont ket brezhoneg nemet unan, gobret da selaoù ar reskontoù ! Setu ur vicher nevez evit ar brezhonegerion : selaour reskontoù, pe kontrolour reskontoù e brezhoneg. Tud a-vicher a gomz brezhoneg a-feson, hag a c’hellehe atersiñ ar vrezhonegerion, met ne reont ket kar ar savour film a gav gwelloc’h gober an atersadennoù e-unan hep kompren ar reskontoù... War peseurt planedenn eh omp ?
N’eo ket an doare da respetiñ an dud a reskont, nag ar yezh.

Tu zo d’ober ur reportaj a ziout ur yezh ne gomzer ket met ret eo deoc’h kavout jubennourion evit bout troet an traoù gete. Lâret eo bet din : “N’hellec’h ket barnin araok bout gwellet ar reportaj”... N’on ket a-du, ne varnan ket ur reportaj m’eus ket gwellet c’hoazh anezhan, met me c’hell barniñ an doare-se da labourat. N’eo ket doujus... Hag efedus...?


Stummadur e brezhoneg  met labour ebed...
A-c’houde tost da dregont vloaz breman, skolioù divyezheg a zo bet digoret. Ur bern tud yaouank a gomz brezhoneg a-feson, hag a glask labour e brezhoneg. Tud all, kozhoc’h, a zesk brezhoneg ivez. Paseet m’eus-me c’hwec’h miz e teskiñ brezhoneg, e Planwour, get ur stal anvet Stumdi, er bleadoù 2001-2002. Bourrapl oa bet. Paet an traoù get an Assedik ha rannvro Breizh. Me faote din deskiñ brezhoneg a-c’houde pell; kavout labour e brezhoneg ne oa ket ma fall kentañ met bon, goude bout desket m’boa klasket memestra; ha m’boa ket kavet. Me laboura e galleg neuze, ha bemdez e wellan pegen pouezus eo gouiet un tammig brezhoneg evit ur c’hazetenner a laboura e Breizh...
Labour a ran e brezhoneg met a youl vat, evit Radio bro Gwened, ha kazetennoù-zo. Bourrapl eo, netra da lâret. Met bizkoazh n’on ket bet paet evit ul labour m’eus graet e brezhoneg evel kazetennour, betek bremañ. Aliez ma frejoù n’int ket paet ivez. Paour eo bed ar brezhoneg...

Met bremañ e komprenan gwelloc’h perak m’boa ket kavet labour e brezhoneg tri bloaz-zo. N’eus ket kalz a dra e brezhoneg war ar skinwell publik hag, oc’hpenn-se, ul lodenn ag an abadennoù e brezhoneg vez graet get kazetennerion ne gomzont brezhoneg anezhe... Penaos buhez !
Christian Le Meut

Embannet eo bet ul lodenn ag an destenn se e galleg barzh Pobl Vreizh a viz Gwenholon 2005.

19/06/2005

Dolmen suspects sur TF1

L’été est bien là désormais et, avec lui, les superbes couchers de soleil que l’on peut aller contempler au bord de la mer, par exemple. On y croise parfois des campings cars dont les occupants ont fait des centaines de kilomètres pour passer leur soirée à l’intérieur, devant leur poste de télévision, plutôt que de contempler le spectacle somptueux de la nature...
Les soirs d’été sont souvent les moments les plus agréables pour être dehors mais c’est là, justement, que la plupart des gens sont rentrés dedans leur maison ou dans leur camping car...
Et si vous voulez, vous aussi, comme eux, perdre votre temps devant le petit écran cet été, TF1 est là pour assurer le service. Le service public France 2 suit de près je vous rassure, mais TF1 ne faiblit jamais. La série de l’été, qui a commencé le 13 juin, s’appelle même Dolmen et a été filmée pour une bonne part dans notre belle région, à Belle-Ile et du côté de Brest, notamment.
Mais je m’en vais vous conter l’histoire : une jeune policière, Marie, jouée par Ingrid Chauvin, très belle femme, forcément, revient sur son île bretonne natale pour se marier. Mais, le lendemain de la noce, elle retrouve son frère mort sur une plage avec, dans la main, une lettre en breton, et oui, en breton, sur laquelle est écrit qu’elle même est en danger... Suite à cette mort, du sang coule d’un menhir. car c’est bien connu, les menhirs saignent...
Cette série n’est pas que policière, elle est aussi “fantastique”, cela ne veut pas dire formidable, mais qu’il peut s’y dérouler des choses qui ne se passent jamais en réalité... Les auteurs peuvent ainsi s’affranchir de trop de réalisme, et ça la arrange bien pour faire passer le brouet qu’ils nous servent.
Et des choses “fantastiques”, se sont produites lors du tournage de cette série. Ainsi les producteurs ont trouvé des Obélix lorientais pour leur fabriquer des menhirs tout neufs, 700 kilos la pièce, selon le journal Le Télégramme (12/06/2005)... J’espère au moins que les Obélix lorientais auront fait payer chers leurs menhirs en euros sonnants et trébuchants car 12,5 millions d’euros ont été dépensés, j’allais dire gaspillés, vous entendez bien, 12,5 millions d’euros pour réaliser cette série. Avec cette somme on pourrait en produire des émissions en langue bretonne... D’autant que leur durée se réduit comme neige au soleil pendant l’été...
Autre phénomène fantastique constaté dans cette série télévisée : les Bretons, quand ils fêtent quelque chose dans un bar, chantent Tri martelod yaouank en dansant. Ah non, vous n’avez jamais fait ça vous ? Et bien mon frère, oui. Habitant Belle-Ile, il a été embauché comme figurant pour Dolmen. Il a participé à une scène de fête dans un bar. On lui a mis une bière sans alcool dans les mains qu’il n’avait pas le droit de boire (elle faisait partie du décor), et on lui a demandé, à lui et aux autres, de chanter “Tri martelod yaouank”. Les paroles avaient été distribuées au préalable ! Avec leurs sous, les producteurs auraient au moins pu inviter Alan Stivell.
C’est bien connu, les Bretons chantent “Tri martelod yaouank” en dansant quand ils font la fête dans les bars ! C’est vraiment n’importe quoi; mais ce qu’il y a de bien avec la télé, c’est que tous les jours je trouve de bonnes raisons supplémentaires de ne plus la regarder.
Christian Le Meut

Dolmen brein war TF1

Setu arru an hañv hag an amzer gaer... Kaer awalc’h evit mont er maez da vale, da foetan ar-vro-man pe broioù all, da sellet doc’h ar c’huzh heol, ken brav d’ar c’houlz-man... Met, ma faota deoc’h chom er ger ha koll hoc’h amzer, setu ur sonj vat : sellit doc’h an abadenn skinwell anvet Dolmen ! Dolmen zo ur rummad filmoù “polis ha fantatisk”, sanset, kroget dilun 13 a-viz Mezheven war TFunan. Filmet eo bet e Breizh, en Enez Guerveur hag e-tall Brest ivez.
Setu an istor : ur vaouez yaouank, Marie, koantig bras, poliserezh a vicher, a zeu en dro e Breizh, e bro a orin, d’en em zimezhiñ war an enezenn e lec’h m’eman e chom he familh abaoe pell... Ya, met just goude bout dimezhet, un dra spontus a zigouezh : he breur zo lazhet ! Bizkoah kement all. Ha getan e kaver ul lizher skrivet, e brezhoneg mar plij, hag a lâr eman Marie en arvar ivez ! Ha setu, e-pad pep episod, ‘vo bet lazhet un den all, evit lakaat ar suspens da vont araok ! Ha bep taol ivez, goude bout lazhet un den, e vo kollet gwad get ur menhir. Ya, kollet vez gwad get ar peulvanoù, anat eo...


Kar peulvanoù “menhiroù” a zo bet graet a-ratozh evit ar filmoù, en Oriant, ha get mein gwir ha pas get plastik : seizh kant kilo pep menhir, hervez ar pezh m’eus lennet er gazetenn Le Télégramme (12/06/2005)
Kavet zo bet un Obélix a-vreman evit kizelañ peuvanoù nevez... Argant zo get ar savourion film kar 12,5 million euro zo bet fondet evit sevel ar filmoù sot-se. Sonjit-ta, 12,5 million euro... Hag d’amzer-se, kazimant abadennoù ebet e brezhoneg e-pad an hanv er skinwell. Pec’hed eo !

Ma breur ha ma c’hoar gaer a zo e chom en enez Guerveur. Gobret int bet el aktourien, “figurants” e larer e galleg. E pad an hanter zevezh eman chomet ma breur barzh un davarn; roet oa bet dezhan ur chopinad bier hep alkool hag a oa difenet da eved ! Sanset oa ur fest evit lidañ un dra-bennak. Ha goulennet oa bet get ar figuranted kannal “Tri martelod yaouank” e tansal. Anat eo, razh an dud a gan “Tri martelod yaouank” pa vez lidet an dra bennak e Breizh ! Hag ar c’homzioù oa bet roet d’an aktourioñ. Gwelloc’h vehe bet kouviiñ Alan Stivell, memestra.
Ur bern traoù a-dreuz zo barzh ar rummad filmoù-se, Dolmen... Raksonjoù ha fallsonjoù a bep sort.

Ale, deomp er maez tudoù, evit mont da welled dolmen ha peulvanoù gwir ar re-se, e kanal “Tri martolod” ma faota deomp-ni hag ec’h eved bier get alkool ma faota deomp-ni ivez. N’eus ket afer a DFunan (TF1) evit dizoloeiñ deomp pegen brav ha “fantastik” eo hor Bro-ni...
Christian Le Meut

14/06/2005

Vive le Maroc et les chapeaux bretons !

Voici quelques nouvelles du monde pêchées ici où là, et la première information vient de l’hebdomadaire Courrier International qui a relevé, dans la presse belge, la grande colère d’une habitante à qui Belgacom, l’équivalent de France Télécom, a attribué un nouveau numéro de téléphone. Tout va bien jusque là, mais ce nouveau numéro était celui, précédemment, de Marc Dutroux, le criminel emprisonné pour avoir tué deux fillettes et deux jeunes filles...
Dans la série nous vivons dans un monde formidable, cette autre information parue également dans Courrier International. A Lodz, ville de Pologne, douze personnes ont été blessées, début janvier, le premier jour des soldes. Un grand magasin avait décidé d’ouvrir à minuit et 3.000 personnes, pas moins, étaient venues attendre devant les portes pour être les premières. Les coups ont volé, des clients sont tombés et ont été piétinés, le magasin a été à moitié ravagé par la foule. Il a fallu faire appel à 150 policiers qui ont mis tout le monde dehors ! Vive les soldes !
Vive le Maroc aussi, mais cette fois pour de vrai. Le parlement marocain a voté à l’unanimité une loi pour changer le statut de la femme. La polygamie est désormais interdite et la nouvelle loi stipule que chaque famille est dirigée à égalité de droit, par le mari et par l’épouse. Les maris ne peuvent plus répudier leurs épouses de leur propre initiative, ils doivent passer devant un juge et l’épouse elle-même peut demander le divorce...
Continuons notre tour du monde du côté de l’Inde où, signale Le Monde, 80% des habitants n’ont pas l’électricité à la maison et 20% n’ont pas d’eau potable à boire...
Mais la fin de ce tour du monde se passe en Bretagne, à Douarnenez. La revue Ar Men (n°137, p. 58) signale des incidents survenus lors du festival international du film minoritaire, durant l’été 2003. Ce festival traite des cinémas issus de cultures minoritaires, sans Etats, comme les Kurdes (ou les Bretons). Mais, cette année, des personnes ont manifesté leur mécontentement lorsque, lors de débats par exemple, des questions ont été posées en langue... bretonne ! Une vingtaine de personnes ont même, un jour, quitté la salle, pour protester contre le fait qu’une question avait été posée en breton, pourtant traduite en français par les animateurs du débat. Les organisateurs ont, semble-t-il, remis les pendules à l’heure mais voir ce genre de comportement lors d’un festival du film “minoritaire” est un comble ! Sans doute est-il plus facile, pour certains citoyens français, d’être solidaires des Kurdes des Tibétains, des Kabyles, des Amérindiens, que des Bretons...
Alors, vive les Bretons quand ils ont des chapeaux ronds, mais pas quand ils parlent breton ?
Christian Le Meut (2004)

26/05/2005

La petite fille

Il était une fois une petite fille qui aimait les robes et les costumes bretons. Elles les trouvaient belles, ces femmes, souriantes, avec leurs coiffes de dentelles et leurs superbes robes de velours brodées ou peintes. Elle aimait les regarder passer lors des défilés ou les voir danser. Elles avaient l’air de reines, ces femmes, dans ces tenues bretonnes d’autrefois, costumes de fêtes, de travail, ou de cérémonie dans lesquels les générations passées mettaient tout leur savoir-faire... Cette petite fille avait donc envie d’aller rejoindre un cercle celtique pour réaliser son rêve de porter, un jour, une belle robe et une belle coiffe. Ses parents acceptèrent et la menèrent dans un cercle d’une ville bretonne.
Après quelques mois la petite fille fut, cependant, déçue... De plus en plus déçue. Jamais on ne lui trouvait de tablier à sa taille; jamais elle ne participait au moindre défilé. Elle venait aux répétitions comme les autres mais on ne l’intégrait pas comme les autres enfants... Alors la petite fille quitta le cercle, dépitée... Sans avoir porté de belle robe, ni défilé en coiffe, ni eu l’air d’une reine...
Mais j’ai oublié de vous dire. Cette petite fille, adoptée par une famille bretonne, venait d’Amérique latine. Son teint était mat et ses yeux un peu bridés. Elle a le type amérindien...
Cette histoire, vraie, m’en a rappelé une autre. Elle se passe dans le stade du Moustoir, à Lorient, le jour de la finale des bagadoù, il y a quelques années. Un de mes cousins était , ce jour là, dans le public. Un moment, un bagad arrive avec, en son sein, deux sonneurs à la peau noire... Et mon ami d’entendre, dans la bouche de son voisin, qu’il ne connaissait pas, un début de réflexion sur la couleur de ces jeunes musiciens... Face à la désapprobation visible de mon cousin, musicien lui aussi, l’afaire en est restée là...
Que des jeunes hommes d’origine africaine jouent dans un bagad, où est le problème ? Qu’une petite fille à la peau mate et aux yeux bridés veuilleparticiper à un cercle celtique et défiler en costume breton, où est le problème ?
Il y a cinquante ans encore, la coiffe bretonne était portée quotidiennement par des centaines de milliers de femmes, en Basse Bretagne : paysannes, ouvrières, commerçantes.... Aujourd’hui quelques milliers de femmes, âgées de plus de 80 ans pour la plupart, en portent encore tous les jours, comme ma grand-tante Berthe à Ploemel, mais cette habitude s’est perdue. Les hommes, eux, ont abandonné le costume breton depuis bien plus longtemps encore. Nulle raison de le reprocher, ni aux uns ni aux autres, d’ailleurs. C’est ainsi, porter la coiffe était aussi une contrainte dont les femmes se sont libérées et des modes nouvelles sont venues, des vêtements plus facile à porter pour la vie contemporaine.
Les cercles celtiques ont pris le relai et continuent de faire vivre et resplendir ces costumes, pour le plus grand plaisir de nos yeux. Pour le plus grand plaisir de leurs membres aussi qui partagent cette passion et vivent ensemble ces aventures que constituent les sorties en public. Les cercles font en sorte que se transmettent les techniques de fabrication et d’entretien des coiffes et des costumes. Ils apportent aussi dans beaucoup d’endroits, une vie associative et une convivialité qui contribuent à la dynamique culturelle de la Bretagne.
Voir exclue une petite fille d’un cercle celtique parce qu’elle n’a pas la peau blanche, est très choquant... Alors même que les femmes d’origine bretonnes ont abandonné coiffes et costumes, on refuse d’intégrer une petite fille motivée parce que sa couleur de peau est différente... Heureusement, tous les cercles ne réagissent pas de cette manière et intègrent des gens de toutes origines, de toutes tailles, de toutes mensurations, et de toutes couleurs de peau !
Certes, les Bretons ont connu des discriminations sociales, du fait de leur pauvreté, et des discriminations linguistiques. Celles-ci durent encore à travers l’absence de toute reconnaissance officielle de la langue bretonne. Mais, justement, c’est une raison de plus pour ne pas reproduire sur d’autres ce que nous, nos parents et nos ancêtres, ont vécu. Soyons vigilants que le mot “breton” ne rime pas, ne rime jamais, avec “discrimination” ou “ségrégation”.
Christian Le Meut